La question du bénévolat associatif, sous ses multiples formes, est au coeur des interrogations de cette étude. Le bénévolat et le volontariat peuvent emprunter plusieurs voies, mais c’est dans la vie associative – dont ils sont au fond la justification – qu’ils se développent généralement avec le plus de vigueur et le plus d’inventivité. Qu’entend-on par bénévole ? Qu’entend-on par volontaire ?

Le bénévolat est défini comme une action de personnes qui consacrent une partie de leur temps, sans rétribution financière aux activités de l’association ; elle s’exerce sans aucune contrainte sociale ni sanction sur celui qui ne l’accomplirait pas et, enfin elle est dirigée vers autrui ou vers la communauté. Le bénévolat ne peut être défini par la tâche accompli, ce qui le distingue d’autres situations juridiques telles : le salariat et le volontariat associatif.
Le volontariat désigne une personne qui s’engage pour le bien (rendre service) à autrui. En France le terme « volontaire » tend à se rapprocher dans l’usage d’un bénévole rémunéré, le statut du volontariat voté en France prévoit des rémunérations et des droits sociaux. L’usage anglais du mot « volontaire » (voluntary, volunteer) sert à désigner des salariés d’associations ou une action dans le cadre associatif.


Dans de nombreux pays le statut de bénévole et celui de volontaire ont été réglementés. En France, par exemple le statut du volontaire est reconnu, c’est-à-dire qu’il a des droits et des devoirs. Le statut du volontaire est situé à mi-chemin entre le salariat et le bénévolat, avec en particulier une couverture sociale et une indemnité d’un maximum mensuel et cela pour une durée déterminée. Au Maroc le bénévolat et le volontariat sont généralement confondus du fait de l’absence de législation ou de définition strict et claire en la matière. L’étude en ayant enquêtée auprès d’un échantillon de 1254 acteurs associatifs, tout en soulignant l’importance de l’engagement bénévole, soulève la difficulté des associations marocaines, dans leur majorité, à différencier entre ces deux appellations, et à confondre entre elles. Les associations classent indistinctement leurs acteurs comme bénévoles ou volontaires. La traduction de ces deux concepts en arabe dans le questionnaire se réfère à [l’majania], celui qui mène une activité sans rémunération pour signifier bénévole et à [tataou’e] pour signifier volontaire. Peu d’associations au niveau national intègrent la distinction entre acteurs bénévoles et volontaires.


A l’examen des motivations des acteurs, il est plus judicieux et approprié de parler de bénévoles. L’étude montre que l’appartenance à une association est tout d’abord motivée par l’adhésion à un projet, qui permet aux acteurs de venir en aide aux autres ; c’est un engagement bénévole car sans rémunération, spontané et sans contraintes pour exprimer sa solidarité sociale, et venir en aide à autrui.


Au Maroc, la récente dynamique associative, ne s’accompagne pas d’une réelle reconnaissance et valorisation du bénévolat. Les termes bénévolat et volontariat sont généralement confondus du fait de l’absence de législation ou de définition en la matière, la seule référence juridique qui soit faite au bénévolat, sans qu’il soit expressément mentionné, est l’article 1er du Dahir du 15 novembre 1958, portant loi sur les associations : « L’association est la convention par laquelle deux ou plusieurs personnes mettent en commun, d’une façon permanente, leurs connaissances ou leur activité, dans un but autre que de partager des bénéfices». Ce vide juridique est préjudiciable à l’activité des bénévoles.


Le bénévolat au Maroc, est perçu comme une extension d’une tradition de solidarité (twiza) pour certains et pour d’autres il est le corollaire du militant dans le sens « de soutenir activement une cause, une idéologie ou un parti ». Récemment, l’Association de lutte contre le Sida (ALCS) a adopté la notion de volontariat. La charte du volontariat de cette association définit ainsi ses idées-forces : « volonté, militance, engagement, rigueur, participation à la vie associative. Les volontaires mènent des actions en réponse aux besoins des individus dans le respect des règles éthiques et démocratiques. Sans eux, l’association n’existerait pas».


Le bénévolat génère une contribution au développement économique et social, c’est un facteur de cohésion sociale, de production de citoyenneté et d’ancrage de pratiques démocratiques. L’ensemble de cet apport ne peut être quantifié. Il souffre, par ailleurs, de limites comme l’absence de gestion et de politique claire de bénévolat. La professionnalisation des associations induit la mise en place d’une stratégie de recrutement et de fidélisation des bénévoles ; il se trouve que la mise en synergie du bénévolat et le salariat est une équation difficile et que le bénévole est difficilement encadré dans le cadre d’une gestion rationnelle des tâches. Le bénévolat souffre d’un manque de gouvernance interne et de transparence au sein des associations, et subit directement les contrecoups des limites financières des associations.


Sur le plan scientifique, des travaux récents d’économistes et de sociologues se penchent sur la possibilité de repenser le bénévolat (traditionnellement considéré comme « hors-travail), comme travail à part entière5. Le travail bénévole, apparaît comme un « travail invisible »6 au sens où il agit de manière non nécessairement perceptible, et étudié comme telle. L’ensemble de ces éléments militent en faveur d’une réflexion en profondeur et concertée sur le bénévolat au Maroc. De plus en plus d’associations investissent le champ de production économique (AGR, prestations de services rémunérés, etc.), l’engagement perd ainsi son caractère discrétionnaire et se trouve soumis aux contraintes du marché et de la professionnalisation ; dans ce sens la participation bénévole se trouve interrogée par le développement de la rationalité technico instrumentale qui accompagne l’entrée en économie des associations qui exige un processus de qualification des bénévoles.


D’où les recommandations de l’étude en relation avec les ressources humaines qui préconisent l’établissement des droits et obligations des associatifs, la clarification et la réglementation du statut de bénévole et l’encouragement de l’emploi salarié associatif.